Une des premières horreurs humaines que j’ai découvert dans ma vie fut la chasse à la baleine japonaise en Antarctique. Voir une des plus puissantes nations du monde massacrer illégalement des centaines de ces mammifères fabuleux m’a toujours révolté.
Si j’écris cet article aujourd’hui, c’est parce-que la flotte meurtrière est actuellement en route pour l’océan Antarctique, et que cette année encore, 333 baleines seront seules face à un harpon.

Chasse à la baleine dans l’Océan Austral | AustralianCustoms on Wikipedia

La saison hivernale de chasse à la baleine japonaise a commencé le 12 novembre avec le départ de la flotte depuis l’Archipel. Encore une fois, d’ici mars 2019, les navires baleiniers vont pouvoir mener leurs opérations illégales en toute tranquillité, et sous les yeux de la communauté internationale. Cette campagne de pêche sera la quatrième du programme NEWREP-A (New Scientific Whale Research Program in the Antarctic Ocean) lancé en 2015, et qui prévoit de tuer 333 baleines de Minke par hiver.

Les plus anciennes preuves de chasse à la baleine par le peuple japonais remontent au 12ème siècle, mais c’est au 16ème qu’une pêche plus organisée et professionnelle, impliquant plusieurs bateaux pour obtenir plus de rendements, fait son apparition pour chasser des baleines à bosses, franches, noires, ou même bleues, des rorquals communs et des cachalots.

Scène de chasse à la baleine sur les côtes du Japon | Wikimedia Commons

Jusqu’au milieu du 20ème siècle, la chasse à la baleine n’étant quasiment pas régulée, les flottes japonaise, soviétique, péruvienne, norvégienne… ont conduit à la quasi extinction de plusieurs espèces de baleines. Ce n’est qu’en 1949 qu’est créée la Commission Baleinière Internationale, et un moratoire sur la chasse à la baleine à des fins commerciales n’est finalement voté qu’en 1982. Il est entré en vigueur en 1986.
Malgré l’application du Moratoire de 1986, le Japon n’a jamais réellement cessé ses activités baleinières, officiellement sous couvert de recherches scientifiques.
Jusqu’en 2014, plusieurs programmes de “recherches” se sont succédés : JARPA I & II en Antarctique et JARPN I & II dans le Pacifique Nord. Les programmes JARPA II et JARPN II réunissaient à eux deux plus de 1000 prises annuelles.
Pendant l’hiver 2002-2003, l’organisation Sea Shepherd a pour la première fois mené une campagne contre la flotte japonaise en Antarctique. Même si le navire de Sea Shepherd ne fut pas capable de localiser la flotte, cette campagne fut la première d’une série de 11 menées en 12 ans, conduisant à une réduction drastique des quotas et au sauvetage de plus de 6000 baleines.
Suite à une plainte déposée par l’Australie, la Cour Internationale de Justice a condamné le Japon le 31 mars 2014 pour violation du Moratoire de 1986. La CIJ a ainsi affirmé que le Japon ne tuait pas pour la science mais bien pour le commerce. On aurait pu croire que la fin de la chasse à la baleine japonaise était arrivée, mais après un hiver sans prendre la route de l’Antarctique, le Japon a présenté un nouveau programme, NEWREP-A pendant la réunion de la CBI en 2015, fixant un quota de 3996 mammifères sur 12 ans, soit 333 par hiver. La flotte a donc repris la mer pour l’hiver 2015-2016. Cette année-là, Sea Shepherd n’ayant pas pu organiser de campagne, les baleines furent pour la première fois en une décennie seule face aux baleiniers. Pour l’hiver 2016-2017, malgré la mobilisation de deux navires, dont le tout nouveau Ocean Warrior, la campagne Nemesis fut incapable d’empêcher les japonais d’atteindre leur quota.

Militants de Sea Shepherd luttant contre un navire harponneur | Adam Lau/Sea Shepherd Conservation Society

En septembre 2017, Sea Shepherd a annoncé ne pas retourner en Antarctique. Cette décision est due au fait que le Japon utilise désormais des moyens militaires pour localiser les navires écologistes et les éviter. L’action des “bergers des mers” ne permet donc plus les mêmes exploits qu’auparavant.
Les navires baleiniers sont retournés au Japon après la fin de la saison 2017-2018 le 31 mars. Sur les 333 baleines tuées, 122 étaient des femelles enceintes, et 50 furent harponnées dans le sanctuaire de la Mer de Ross. Cette information fut révélée durant la réunion de la CBI au Brésil en septembre, durant laquelle le Japon a d’ailleurs essayé de faire abolir le Moratoire de 1986.

Si la chasse à la baleine japonaise en Antarctique est la plus connue et médiatisée, notamment grâce à l’action de Sea Shepherd et à la série télévisée Justiciers des Mers, elle n’est pas la seule pratiquée dans le monde. Le Japon conduit un deuxième programme, NEWREP-NP dans le Pacifique Nord, durant lequel ils tuent environ deux cents baleines chaque été.
Après une pause de deux ans, l’Islande a repris cette année la chasse au rorqual commun et à la baleine de Minke. Même s’il a été annoncé fin juillet que cette dernière serait plus chassée, le rorqual commun le sera encore. Et c’est une espèce en danger. Leur quota pour cette saison était de 191 baleines.
Malgré les difficultés rencontrées pour remplir ses quotas, la Norvège reste la nation autorisant le plus de prises : 1278, en augmentation de 30% par rapport à l’année dernière. l’Islande et la Norvège, contrairement au Japon ne prennent même pas la peine de dissimuler leurs activités sous de pseudo-recherches scientifiques et agissent ouvertement à l’encontre du Moratoire de 1986 en pêchant pour le commerce. Une grande partie des prises est d’ailleurs achetée par le Japon.
Certaines tribus, notamment au Groenland disposent également d’autorisation spéciales pour une chasse à la baleine dite “de subsistance”.

Trois navires harponneurs et le navire usine Nisshin Maru sont donc actuellement en route vers l’Antarctique. Cet hiver, 333 baleines seront encore une fois massacrées par la troisième puissance économique du monde. 333 baleines seront tuées dans les eaux territoriales australiennes ou dans le sanctuaire baleinier, en violation du Moratoire de 1986 sur la chasse à la baleine à des fins commerciales, et ce sous les yeux d’une communauté internationale corrompue et pour qui le sort de 333 mammifères vaut moins qu’un contrat commercial avec le Japon…
Personne n’étant dupe de la véritable raison de la chasse à la baleine, qu’elle soit japonaise, islandaise ou norvégienne, il est temps que le Moratoire de 1986 soit enfin appliqué. Plus généralement, il est temps que les massacres d’animaux cessent une bonne fois pour toute.

Clément

Saison 2018-2019 de chasse à la baleine japonaise | Clément Favaron on Flickr. See https://flic.kr/p/R49W2j for reuse